Un sujet que presque tout le monde évite
La pornographie est partout. Elle est accessible en quelques secondes, gratuite, illimitée. Et pourtant, c'est l'un des sujets les plus rarement abordés en couple, chez le médecin, ou entre amis.
Ce silence a un coût. Parce que ce que j'observe en consultation, c'est que la pornographie influence profondément la façon dont beaucoup d'hommes vivent leur sexualité, souvent sans qu'ils en soient vraiment conscients.
Une industrie faite par des hommes, pour des hommes
C'est un fait rarement nommé mais important : la grande majorité des contenus pornographiques est produite par des hommes, pour des hommes. Les codes, les représentations, les corps, les scénarios... tout est construit autour d'un regard masculin et d'une vision de la sexualité qui n'a que peu de rapport avec la réalité vécue par la plupart des couples.
Les femmes, elles, sont très peu consommatrices de ces contenus. Ce décalage crée souvent une asymétrie dans le couple... L'un a intégré des représentations que l'autre ne partage pas, sans que ni l'un ni l'autre ne l'ait vraiment choisi.
Ce que la pornographie fait au désir masculin
La première chose que j'observe, c'est son effet sur le rythme. Les formats courts, trois à quatre minutes, associent systématiquement rapidité et plaisir. Le cerveau intègre cette équation sans le savoir. Et dans la réalité, cette intégration peut se traduire par des difficultés à ralentir, à s'installer dans la durée, à savourer un moment qui prend son temps.
La deuxième chose, c'est son effet sur l'excitation. Ce que la pornographie propose est souvent extrême, toujours nouveau, toujours intense. La réalité d'une relation, aussi belle soit-elle, ne peut pas rivaliser avec cette surenchère permanente. Et pour certains hommes, cette surexposition finit par rendre la réalité trop ordinaire, trop douce, insuffisamment stimulante. Ce qui peut entraîner des difficultés à répondre dans la vie réelle, non par manque de désir pour leur partenaire, mais par désensibilisation progressive à tout ce qui n'est pas exceptionnel.
La masturbation de décharge
C'est un autre point que j'aborde souvent en consultation, et qui est rarement nommé clairement.
Il existe deux types de masturbation très différents. Celle qui naît du désir : une envie, une sensation, une exploration de soi... Et celle qui sert à autre chose : évacuer le stress, s'endormir plus facilement, remplir un moment d'ennui, se calmer. Cette deuxième forme, que j'appelle masturbation de décharge, n'a pas grand-chose à voir avec le désir au sens propre.
Le problème, c'est que ces deux choses se trouvent souvent associées avec la pornographie, qui sert alors de déclencheur automatique, de rituel, presque de médicament. Et quand cette association devient un réflexe, le désir authentique peut progressivement s'effacer derrière la décharge.
Ce que les femmes ressentent
C'est la question que j'entends le plus souvent du côté des partenaires : "Est-ce que c'est normal ?"
Oui ! La consommation de contenus pornographiques est statistiquement très répandue chez les hommes, y compris dans des couples qui vont bien, y compris chez des hommes qui aiment profondément leur partenaire.
Mais la normalité statistique n'efface pas ce que ça fait ressentir. Beaucoup de femmes vivent cela comme une forme de jalousie, d'incompréhension, parfois de trahison. Certaines se demandent si elles ne suffisent pas, si leur corps n'est pas assez, si elles sont comparées.
Ces ressentis sont légitimes. Et ils méritent d'être entendus, 6par leur partenaire, mais aussi parfois en consultation, pour comprendre ce qui se joue vraiment et ne pas laisser le silence s'installer.
Ce qu'on peut faire
La pornographie n'est pas un problème moral. C'est un fait de société, avec des effets réels sur la sexualité que la science commence à documenter et que je vois au quotidien dans mon cabinet.
Ce que la thérapie permet, c'est de comprendre comment elle a influencé votre rapport au plaisir, à l'autre, à vous-même. De distinguer le désir authentique de l'automatisme. De remettre de la conscience là où il n'y avait plus que du réflexe.
Et souvent, d'en parler enfin en couple, pour la première fois, sans honte ni accusation.
Si vous vous posez des questions sur ce sujet, que vous soyez homme ou femme, seul ou en couple, une consultation peut vous aider à y voir plus clair.