"C'est pas le plus important dans un couple."
C'est ce que j'entends souvent. Dit avec conviction, parfois avec soulagement. La complicité, l'amour, les projets communs, l'intimité du quotidien... Tout ça compte bien plus que la sexualité. Et puis, on s'aime, non ?
Je reçois ces couples quand ils arrivent au bord de l'explosion. Pas quand la décision a été prise, parce qu'il n'y a jamais vraiment eu de décision. Juste un glissement, progressif, implicite, qui arrangeait bien les deux.
Le contrat tacite
Le mariage sans sexe ne s'installe pas toujours après des années de routine. Il existe des couples où c'est là dès le départ, ou presque. Une sexualité très vite mise de côté, sans que personne ne le dise vraiment, sans que personne ne le nomme.
C'est ce que j'appelle un contrat tacite. Pas signé, pas discuté, pas même vraiment conscient. Juste accepté par les deux, parce que ça arrangait bien l'un et l'autre.
Et ces couples ne se choisissent pas par hasard. Il y a souvent, de chaque côté, quelque chose qui rend ce contrat commode. Peut-être une femme pour qui la sexualité n'a jamais été un espace de plaisir, parce qu'elle n'a jamais appris à s'y intéresser, ou parce qu'elle n'a jamais su ce qui lui faisait du bien. Peut-être un homme qui traverse lui aussi ses propres difficultés, et qui trouve dans ce silence un soulagement discret. Les deux se retrouvent, sans se le dire.
Ce qu'on tait
Ce qui me frappe le plus, c'est que même dans ces couples, le manque existe. Des deux côtés. Rarement exprimé, souvent nié, mais présent.
On le tait par pudeur. Parce que le contrat était là dès le départ et qu'on ne veut pas le remettre en question. Parce qu'on ne veut pas choquer l'autre, ni se retrouver face à ses propres envies, face à sa propre sexualité. Parce que le mariage a été construit sur autre chose, et ouvrir cette porte, c'est risquer de tout faire vaciller.
Alors on vit comme des colocataires. Parfois dans des chambres séparées. Et on se dit que ça va, que c'est comme ça, que c'est suffisant.
Mais quelle est la différence entre des colocataires qui s'entendent bien, ou des frères et sœurs qui vivraient ensemble, et un couple marié sans sexualité ? C'est une question que je pose parfois, doucement. Et elle déstabilise presque toujours.
Il y a quelque chose d'autre que j'observe, et qui est rarement nommé.
La sexualité est une dimension adulte. Elle suppose d'accepter son désir, de le reconnaître, de l'assumer face à l'autre. Pour certaines personnes, c'est un territoire qu'on n'a jamais vraiment habité, pas par manque d'envie profonde, mais parce qu'y entrer demande une forme de maturité affective et intime qu'on n'a pas toujours eu l'occasion de développer.
Quand la sexualité est absente dès le départ d'un couple, c'est parfois le signe d'un refus de grandir dans cette dimension-là. Pas un jugement, une observation. Et quelque chose qui se travaille.
Quand ils arrivent en consultation
Ces couples arrivent souvent au bord de l'explosion. Après des années de silence, quelque chose a craqué, une confidence à un ami, une rencontre qui a réveillé quelque chose, une fatigue profonde du contrat qu'on ne voulait plus tenir...
Ce qui est frappant, c'est que la plupart du temps, les deux ressentaient le manque. Mais aucun des deux ne l'avait dit. Chacun protégeait l'autre, et se protégeait lui-même, en se taisant.
Mettre des mots sur ce silence est souvent le premier pas. Pas pour forcer quelque chose, pas pour imposer une sexualité qui n'existe pas encore, mais pour comprendre ce qu'on a construit ensemble, et décider ensemble de ce qu'on veut construire maintenant.
Si vous vous reconnaissez dans ce que vous venez de lire, que vous soyez dans ce silence depuis peu ou depuis longtemps, une consultation peut être l'espace pour enfin le nommer.
Consultations à Fontenay sous Bois, et en visio.