“Oui, il y a encore de la tendresse.”
C’est ce que me répondent certains couples quand je leur pose la question. Et quand je creuse un peu, voilà ce que ça recouvre : un bisou rapide avant de partir le matin, une main posée brièvement sur l’épaule, un geste mécanique qui s’est vidé de sa substance à force d’être répété.
Ce n’est pas de la tendresse. C’est ce qu’il en reste.
La vraie tendresse, ça ressemble à quoi ?
Ce n’est pas compliqué à décrire, mais c’est souvent ce qui disparaît en premier dans la vie d’un couple.
Un câlin qui dure au moins une dizaine de secondes. Pas le type d’accolade qu’on échange avec un collègue. Un vrai câlin, où les deux corps s’arrêtent, se posent l’un contre l’autre, sans agenda ni destination.
Des petites attentions tout au long de la journée. Un effleuremnt en passant dans la cuisine. Une main tendue sur le canapé. Un regard qui s’attarde. Ces gestes minuscules qui disent “je te vois, tu existes pour moi, tu comptes”.
C’est dans ces moments-là que le lien se nourrit. Et c’est souvent la première chose que la routine efface, si doucement qu’on ne s’en rend pas compte.
Quand ça disparaît, c’est un signal
C’est la question que je pose systématiquement quand il n’y a plus de vie intime dans un couple : est-ce qu’il y a encore de la tendresse au quotidien ?
Parce que l’absence de tendresse précède presque toujours l’absence de désir. Ce n’est pas une coïncidence, c’est un lien direct.
Et ce lien, beaucoup de couples ne le voient pas. Ils cherchent pourquoi le désir a disparu, sans réaliser que la réponse est dans ces petits gestes du quotidien qui ont cessé d’exister.
Ce dont les femmes ont besoin
C’est l’une des asymétries les plus importantes que j’observe en consultation, et l’une des moins connues.
La très grande majorité des femmes a besoin de tendresse pour s’ouvrir à la sexualité. Pas comme prérequis formel mais comme chemin naturel. La tendresse au quotidien crée un espace de sécurité, de confiance, de connexion, qui rend le désir possible. Quand cet espace disparaît, le désir se referme avec lui.
Quand je demande aux femmes ce dont elles auraient besoin pour retrouver l’envie, la réponse revient presque toujours : plus de câlins, plus de tendresse, plus de présence. Pas forcément plus de temps ou d’argent ou d’efforts spectaculaires. Juste ces petits gestes du quotidien qu’on a arrêté de faire.
Ce dont les hommes ont besoin — et le malentendu qui en découle
Les hommes fonctionnent souvent à l’inverse. Beaucoup ont besoin de passer par la sexualité pour s’ouvrir à la tendresse. C’est leur chemin à eux ni un défaut, ni un manque de sensibilité. Juste une façon différente d’arriver au même endroit.
Le problème, c’est que dans ce malentendu, chacun attend de l’autre qu’il commence. L’homme attend la sexualité pour ouvrir la tendresse. La femme attend la tendresse pour ouvrir la sexualité. Et personne ne commence.
Ce cercle-là, je le vois souvent. Et il se dénoue presque toujours quand on met des mots dessus.
Les choses évoluent
Ce que j’observe aussi, c’est que cette asymétrie est en train de se déconstruire progressivement. Les hommes des nouvelles générations sont souvent plus à l’aise avec la tendresse, plus conscients de son rôle dans la relation, plus capables d’en donner indépendamment de la sexualité.
Ce n’est pas encore universel. Mais c’est en mouvement.
Ce qu’on peut faire ensemble
En consultation, travailler sur le toucher et la tendresse au quotidien est souvent l’une des premières pistes que j’explore avec les couples. Ce n'est pas magique, c’est concret, immédiat, et les effets sur le désir et la connexion se font sentir rapidement.
Parfois, il suffit de reprendre ces petits gestes pour que quelque chose se remette en mouvement.
Si vous vous reconnaissez dans ce que vous venez de lire, une consultation individuelle ou en couple peut être un bon point de départ.